samedi 21 avril 2018

Un écrivain ardennais, Bernard Marcotte, à Choisy-le-Roi

[Article publié dans L'Actualité du Patrimoine, bulletin du Service Archives - Documentation - Patrimoine de la Ville de Choisy-le-Roi : n° 29, décembre 2017 (1ère partie, p. 12-15) et n° 30, avril 2018 (2ème partie, p. 12-13), grâce à l'obligeance de Mr Guy Kremer, responsable du Service Archives - Documentation - Patrimoine.]
 
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    La richesse d’une ville tient en partie aux personnalités qui y sont nées, ou qui y ont séjourné. Choisy-le-Roi n’a, sur ce plan-là, guère à envier à d’autres cités, elle qui porte en son nom même la marque de l’intérêt que Louis XV lui a porté…, et qui a abrité les dix dernières années de l’auteur de La Marseillaise, Rouget de Lisle…

    Mais il est des personnes moins illustres qui contribuent à ce patrimoine. Ainsi en est-il de l’écrivain ardennais Bernard Marcotte, qui en 1912, à 24 ans, vint s’établir avec son frère et sa mère à Choisy-le-Roi.

    Bernard Marcotte était né le 5 juillet 1887 dans le sud des Ardennes, à Saint-Germainmont, où son père était percepteur. Au gré des affectations de celui-ci, la famille se déplaça près de Charleville, à Renwez, puis, non loin de la frontière belge, à Gespunsart. Très tôt, la littérature et la philosophie l’attirèrent, d’où sa venue à Paris, afin de continuer ses études en classes supérieures au lycée Louis-le-Grand, en vue de la préparation du concours d’entrée à l’École Normale supérieure de la rue d’Ulm. Mais Bernard Marcotte était trop rêveur et fantasque, et d’esprit trop indépendant, pour un tel projet, ou pour envisager une carrière d’enseignant. Tout au plus poursuivit-il à la Sorbonne des études de philosophie : licence (1908), et diplôme (1910). En fait, ce qui le passionnait, c’était l’écriture, et ces années parisiennes furent de ce point de vue très foisonnantes : contes et récits (La dernière chevauchée des Rois Mages, Les deux Sainte Anne, Les Fantaisies Bergamasques…), poèmes (Le Pont-Neuf à l’aube, Midi : le chant de la joie…), pièces de théâtre (Le Songe d’une nuit d’été, Ma Mère l’Oye…). Il commence alors à être apprécié dans le milieu littéraire, ainsi par l’écrivain et journaliste Roger Dévigne : « Seul, le discret et pur Bernard Marcotte s’avance en tête, et bien en avant de tous. »[1] Et il put faire paraître un livre en 1913, aux Éditions du Temps Présent, Les Fantaisies Bergamasques. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale, puis la tuberculose osseuse qu’il contracta dans les suites d’une de ses blessures et des mauvaises conditions de vie dans les tranchées, et qui le conduisit d’hôpital militaire en hôpital militaire jusqu’à sa mort le 4 juillet 1927, veille de ses quarante ans, l’empêchèrent d’être mieux connu[2].

    Cependant, une de ses pièces, Le moulin des Chimères, fut jouée en 1908 par Louis Jouvet, lui aussi ardennais, et qui bientôt quitta définitivement ses études de pharmacie pour le théâtre, puis, plus tard, le cinéma. Bernard Marcotte s’était lié avec lui au sein d’un groupe de jeunes gens enthousiastes, les « Visionnaristes », qui entendaient recréer de la « Beauté » dans l’« Art », et diffusaient leurs écrits dans des revues à dire vrai assez confidentielles : La Foire aux Chimères, Les Actes des Poètes, Poèmes… Ceux de Bernard Marcotte révèlent une sensibilité délicate et en même temps vibrante, notamment à la nature, un vrai charme poétique, mais aussi une très grande fantaisie, tout en témoignant de préoccupations philosophiques, qui aboutiront aux Cahiers d’Ésope, rédigés après-guerre, dans lesquels Bernard Marcotte, alors qu’il est malade, présentera sa conception de la « Vie étroite ». La vie doit être acceptée telle quelle, tout en sachant qu’elle n’est qu’un des aspects qu’elle aurait pu prendre : une vie advenue parmi de multiples vies restées dans le domaine du possible. D’une multiplicité potentielle, une vie nous est donnée, un possible nous a été alloué. À nous d’en prendre acte. Et dans ce possible, à nous de vivre, à nous de créer de la beauté et de la joie (le thème de la joie revient souvent dans l’œuvre de Bernard Marcotte), non de façon artificielle et factice, mais de façon pleine et réelle. C’est donc une « Vie étroite », mais qui n’a rien d’étriqué. Au contraire, il faut en prendre toute la mesure, toute la plénitude, la vivre intensément, telle qu’elle est.

    Le passage suivant, extrait de la préface que Bernard Marcotte rédigea pour ses Fantaisies Bergamasques, vaut la peine d’être cité, car il montre bien quelle était la tonalité de sa pensée, mais aussi le caractère très particulier de son écriture :

La fantaisie est le privilège du poète et du conteur. Elle est une légèreté intérieure, une disposition à la joie, au rire, au caprice. Sitôt que je prononce ce mot, il évoque en moi plus d’images qu’un amour passé n’éveille de souvenirs chez celui qui l’a vécu. Je vois l’ombre indécise du soir et la lumière argentée du matin, des frémissements d’eau, de moissons et de feuilles, tout ce qui flotte et glisse comme le nuage, tout ce qui est fragile comme la fleur, délicat comme l’insecte, subtil comme le parfum. Je vois les forêts de Shakespeare et les chœurs d’Aristophane, les lutins d’Écosse et les trolls de Norvège, tout ce qui danse dans un rayon de lune, frissonne dans la brume du soir, et s’endort au matin dans une corolle humide. Ces choses n’ont rien de commun que d’être gaies et frivoles, mais ne vous hâtez pas de les condamner pour leur insignifiance, et croyez qu’il faut aimer, si humble et si fragile soit-elle, toute œuvre d’où rayonne un peu de lumière, où bourdonne un peu de rire. Le spectacle des souffrances humaines peut inspirer des rêves plus magnifiques et plus hautains. Il est beau qu’Eschyle ait écrit Prométhée et Vigny La mort du loup. Mais si le bonheur a quelque place en ce monde, s’il y eut un jour où nous avons dit simplement : « je suis heureux », ne faudra-t-il pas préférer cette plénitude de la joie aux tourments d’un héroïsme toujours souillé par le mal dont il triomphe ? N’y a-t-il pas une raison secrète qui nous fasse mieux aimer la grâce du printemps que la mélancolie de l’automne, et se pourrait-il que nous regrettions, dans la calme splendeur des jours d’été, le déchaînement des tempêtes d’hiver ? Un brin d’herbe au soleil est plus beau qu’un arbre foudroyé.

* * *

    La circonstance qui conduisit à l’implantation de Bernard Marcotte à Choisy-le-Roi est tragique : le décès de son père, survenu brutalement le 6 février 1912, à Gespunsart… Sa mère ne pouvait pas rester seule, dans cette maison un peu isolée à l’entrée de ce village plongé au milieu de la forêt d’Ardenne, alors que ses deux fils se trouvaient en région parisienne : Gaston, l’aîné de deux ans de Bernard, avait suivi des études de chimie, et deviendra ingénieur dans la société de métaux précieux Caplain Saint-André et chez Poulenc frères ; quant à Bernard, il avait passé le concours de rédacteur dans un ministère, et depuis juillet 1911, il était en fonction au ministère des Travaux Publics, situé boulevard Saint-Germain et rue du Bac, ce qui lui assurait de quoi vivre, tout en lui laissant une certaine liberté pour continuer à écrire... Il habitait alors une chambre à l’Hôtel de France, 11 rue Toullier, près du Panthéon, et songeait à emménager rue Blomet, dans le 15e arrondissement. Il était désormais naturel que sa mère puisse venir habiter avec ses fils…, mais pour elle qui était originaire des confins de la Champagne, et qui était habituée à vivre au grand air, se loger à Paris même n’était pas envisageable. Il fallait trouver un endroit où il y ait de l’espace, et, au moins à proximité, de la campagne. C’était à cette époque le cas dans beaucoup de secteurs de la banlieue parisienne. Il fallait, de plus, que cet endroit soit assez aisément relié à Paris…

    Choisy-le-Roi répondait à ces critères. D’autant plus que Bernard Marcotte et ses proches trouvèrent un appartement au 24 de l’avenue de l’Hôtel-de-Ville, tout près de la gare, qui était desservie par le Paris-Orléans, dont le point de départ, la gare d’Orsay, était à quelques minutes du ministère des Travaux Publics où Bernard Marcotte travaillait.

    Cette voie ne porte plus ce nom, mais depuis 1924 celui d’avenue Anatole France. Elle avait été créée en 1905. Elle débutait au niveau de la station de chemin de fer, et amputait un peu un vaste parc, survivance du domaine royal, qui entourait une belle demeure que la municipalité avait acquise en 1903 pour en faire la mairie (elle l’est encore de nos jours, avec toujours autour du bâtiment un parc, le « Parc de la Mairie »). De là, l’avenue se poursuivait vers le sud, grossièrement parallèle à la Seine. Un prospectus de l’époque est un appel au lotissement de cette nouvelle voie. Et peu à peu des immeubles se construisirent, dans les années 1905-1910. C’est dans un de ces immeubles tout frais construits, – et dont la plupart existent encore, tout au  moins celui où Bernard Marcotte habita (un immeuble de 5 étages au revêtement de briques[3]) –, que la famille Marcotte vint s’installer, ce dont témoigne dans un de ses carnets[4] Paul Tuffrau, un ami proche de Bernard Marcotte, venu lui rendre visite en mars 1912 : « Grande maison neuve, escalier inachevé, au 4ème. »[5]

    Peu de temps auparavant, Bernard Marcotte lui avait annoncé le choix qui avait été fait :

Nous sommes décidés : l’appartement de Choisy-le-Roi plaît beaucoup à ma mère et à mon frère et me satisfait aussi. Nous allons emménager le plus tôt possible. Ma mère est venue ce matin à Paris : elle est arrivée très inquiète ; elle est repartie presque heureuse de sentir que sa vie commençait à se réorganiser.

J’espère que dans 15 jours nous serons à peu près chez nous.[6]

    Et le 5 mars 1912 : « Nous allons emménager jeudi ou vendredi et nous aurons sans doute, mon frère et moi, mille petits travaux à faire à l’intérieur de notre appartement. », puis le 21 mars 1912 : « Dimanche, un homme aux mains industrieuses viendra assembler des planches et composera une étagère où je rangerai mes livres épars sur le plancher. »

    Il semble en tout cas que Bernard Marcotte ait eu un peu de peine à faire entendre l’adresse à ses amis. Ainsi, dans une lettre à Paul Tuffrau du 27 avril 1912 :

Je sais bien qu’il y a des avenues et des Hôtel de Ville un peu partout, mais il faut respecter cette combinaison
                      24 avenue de l’Hôtel de Ville
                                 Choisy-le-Roi
                (Seine ou Seine-et-Oise ou Seine-et-Marne)

    Et dans une autre, celle-ci adressée à Louis Jouvet, probablement de mai 1915[7] :
 
B’jour, b’jour, b’jour.

Pas République, mais Hôtel-de-Ville, avenue de l’Hôtel-de-Ville, 24 avenue de l’Hôtel-de-Ville, Choisy-le-Roi, mais pas République, non.

Hôtel-de-Ville, hôtel-de-ville, tel-de-ville, tel-de-ville.

     La numérotation de l’avenue n’a pas été changée lors du remplacement du nom de l’avenue : le recensement de 1926 répertorie bien au 24 de l’avenue Anatole France la présence de Marie Marcotte (mère de Bernard) et de Bernard Marcotte[8]. Gaston, quant à lui, s’étant marié en mai 1914, avait emménagé au 69 de l’avenue de Paris[9].

    Bernard Marcotte n’a pas laissé beaucoup de souvenirs de sa vie choysienne. En fait, malgré l’affection qu’il porte à sa mère, il regrette la liberté qu’il avait à Paris, où il pouvait voir ses amis, – Paul Tuffrau (1887-1973), écrivain lui aussi, le sculpteur et illustrateur André Juin (1885-1978), Roger Dévigne (1885-1965), dont il a déjà été question, Georges-Henri Lacassie (1886-1967), écrivain également, mais qui poursuivra une carrière dans l’armée, ou le philosophe Jean Wahl (1888-1974)… –, assister à des concerts ou des pièces de théâtre – notamment quand Louis Jouvet y jouait –, visiter des musées, tels que le Louvre… Il lui faut désormais composer avec le rythme de vie de sa mère, qui par moments est souffrante, et à laquelle il doit alors veiller plus particulièrement, prenant, comme il l’écrit lui-même[10], des « fonctions de garde-malade »  (jusqu’à coucher près d’elle, si on s’en tient à une lettre du 29 juillet 1912 à Paul Tuffrau : « Ma mère va mieux : j’ai retrouvé ma petite chambre […]. »), et avec son travail régulier au ministère.

    Ainsi écrit-il le 21 mars 1912 à Paul Tuffrau : « Je m’accommode à peu près de ma nouvelle vie : j’y trouverai plus de calme, trop peut-être, Paris, dont je ne vois plus rien maintenant que la rue du Bac (qu’il suit pour aller prendre son train à la gare d’Orsay), me manque un peu. », puis le 28 mars 1912 à André Juin[11] : « Je m’ennuie après Paris et je me sens un peu à l’étroit dans cette nouvelle vie à laquelle il faut bien que je m’accoutume. » Malgré tout, il reconnaîtra dans cette même lettre : « Il fait beau : je vois à Choisy de l’herbe, des arbres en fleurs, des collines, des étoiles. » (tout en ajoutant juste après : « Je traverse Paris deux fois par jour mais sous un tunnel et je n’aime pas cela. »), et plus tard, il fera allusion à « une promenade de Choisy à Meudon par derrière Paris »[12].

    Son séjour à Choisy-le-Roi aura aussi été contemporain de la fin de la cavale de l’anarchiste Jules Bonnot, blessé mortellement le 28 avril 1912 lors de l’encerclement par les forces de l’ordre du garage[13] situé à Choisy-le-Roi où il s’était retranché. Bernard Marcotte y fera allusion dans une lettre du 9 juillet de cette année 1912 à Paul Tuffrau :

La même foule qui s’est précipitée à Choisy sur le refuge de Bonnot et qui s’est disputée les débris de pierre ou de bicyclette[14] est revenue précipitamment à Paris pour honorer (encore ce mot) le pauvre diable de Rousseau[15]. La même foule encore s’est promenée sur les quais près du pont Notre-Dame d’où était tombé un autobus, en habits de fête (je n’invente pas), riant, causant, s’animant. Un peu plus et l’on aurait dansé.

    Cependant Bernard Marcotte continue à écrire, car il ne peut pas ne pas le faire… Comme il le confie à Paul Tuffrau dans une lettre du 25 juin 1912 : « Écrire des contes, lire et me promener, voilà tout ce que je désire au monde, et puis encore causer, écrire des lettres. » Et dans cette même lettre, il fait allusion à un conte qu’il a « commencé à Choisy ».

    Mais à l’été 1914, la guerre interrompt tout… Bernard Marcotte part avec le 91e Régiment d’Infanterie de Mézières… Il participe aux durs combats de l’Argonne, où il est blessé deux fois dès 1914, sa troisième blessure survenant en septembre 1916 sur la Somme. Il pourra revenir en permission, comme il l’annonce à Paul Tuffrau le 20 février 1915 :

Rien de nouveau pour moi sinon que mon départ est tout proche et que je vais aller faire un petit tour à Choisy et à Paris. Quelle chose étrange que d’aller effleurer comme cela toutes les choses qu’on aime, entre deux mauvais étapes, de s’arrêter un peu et de retrouver tout au point où on l’a laissé : la lecture interrompue, les projets suspendus, et les abandonner encore une fois, et faire de nouveaux adieux… Je les crains autant que je les désire ces bonnes journées.

     La fin de la guerre aurait pu signifier pour Bernard Marcotte un retour à un passé qu’il avait tellement aimé, – et auquel il avait tant rêvé, comme il le racontait dans une lettre du 20 janvier 1915 à Else Jouvet, la femme de Louis Jouvet :

Je me souviens de certaines nuits de garde, en septembre : toutes les deux heures le caporal Marcotte assisté de deux “poilus” quittait la tranchée en rampant et allait s’installer à plat-ventre à 30 mètres en avant, baïonnette au canon, “attentif de l’œil et de l’oreille” comme le prescrit la théorie. On restait là une heure, quelquefois deux, en tout 6 heures par nuit. J’avais le temps de ruminer vous pensez bien. Le corps se gelait lentement. De temps en temps une balle claquait dans la terre à droite ou à gauche. En avant on entendait ces messieurs qui coupaient du bois, piochaient la terre, faisaient de la musique, chantaient ou bavardaient très haut dans un jargon sauvage. Ils ne se gênaient vraiment pas. Alors, pour passer le temps, je commençais à rêver. Je me ressouvenais tout doucement, détail par détail, de nos promenades, de nos causeries, des séances du Vieux-Colombier, de ce retour nocturne sur les bords de la Seine, des soupers rue de la Santé[16], d’une ballade à Ménilmontant faite avec Dévigne, du ballet de Couperin et du joueur de vielle, d’André Aguecheek[17] et de tant d’autres choses. J’étais tout pénétré d’émotion et de tendresse et je tournais un peu la tête pour que mon voisin ne vît pas briller des larmes dans mes yeux.

    Mais jamais Bernard Marcotte ne put retrouver la vie d’autrefois… Dès 1916, il commença à souffrir d’un doigt, et il fallut se rendre à l’évidence : il s’agissait d’une tuberculose osseuse, qui finira par l’emporter…

    Après-guerre, il a tout de même pu revenir à Choisy-le-Roi, en mars-avril 1919 « en convalescence 24 avenue de l’Hôtel-de-Ville »[18], puis en 1923 :
Je compte quitter Briançon (où il était hospitalisé) lundi et débarquer à Paris mardi matin : mon frère m’emmènera chez lui à Choisy et j’attendrai là le résultat d’une demande d’évacuation sur un hôpital militaire de Paris faite le mois dernier et qui tarde, au-delà des délais prévus. J’ai décidé brusquement ce départ précipité aujourd’hui matin, afin d’échapper à la fatigue nerveuse qui m’a gâté mon retour à la liberté (le reste, sauf la main, paraît bien aller). J’ai surtout besoin d’échapper à la solitude où je vis depuis si longtemps et que mon premier contact avec la vie banale qui m’entoure n’a fait qu’accuser. Écris-moi à Choisy 69 avenue de Paris : s’il était possible de nous revoir, j’en serais fort heureux.[19]
    Mais Bernard Marcotte ne put pas réellement profiter de ce retour dans la vie de sa famille : « Je suis fort empêché par un appareil de plâtre qui ne me permet pas de m’habiller décemment et me fait rester à la maison. » écrivait-il à Georges-Henri Lacassie le 23 juillet 1923. Et peu après, il quittait Choisy-le-Roi définitivement, pour l’hôpital militaire de Vannes, où sa vie s’arrêterait, moins de trois ans plus tard… 

                                                                                                          Henri Cambon

Je tiens à remercier très vivement Mme Marie Ringot-Martine et Mr Guy Kremer du Service Archives Documentation Patrimoine de Choisy-le-Roi pour leur accueil et pour les renseignements précieux qu’ils m’ont fourni sur la ville.




[1] Les Nouvelles, 25-26 janvier 1912.
[2] Un effort d’édition des œuvres de Bernard Marcotte a été repris depuis quelques années : La dernière chevauchée des Rois Mages (recueil de contes et récits) (Thélès, 2011) ; Les Fantaisies Bergamasques (Thélès, 2012) ; Poèmes (Publibook, 2013) ; Les Cahiers d’Ésope (Publibook, 2013) ; Théâtre (Thélès, 2011 ; Publibook, 2015). Et la biographie que Paul Tuffrau, ami proche et fidèle de Bernard Marcotte, avait rédigée dans les années 1930, mais n’avait pu faire éditer, est parue en 2017 chez HD éditions : Passage d’Ariel. Bernard Marcotte, poète, conteur et philosophe de l’ironie.
[3] Une plaque sur la façade de l’immeuble, et qui date manifestement de sa construction, indique : « Fondanaiche et Moreau, entrepreneurs à Choisy-le-Roi ».
[4] Archives privées.
[5] Une carte postale du début du siècle montre cet immeuble, accolé à un autre immeuble (au n° 26 de l’avenue) qui fait angle avec la rue Alphonse Brault et qui a la particularité d’avoir un toit avec un léger débord, alors que l’immeuble qui le flanque désormais de l’autre côté (au n° 22) n’a pas encore été construit.
[6] Lettre du 26 février 1912 (l’ensemble des lettres de Bernard Marcotte à Paul Tuffrau, ainsi que nombre de ses écrits, se trouve conservé au Département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France (BNF)).
[7] Les lettres de Bernard Marcotte à Louis Jouvet sont conservées dans le Fonds Louis Jouvet du Département des Arts du spectacle de la BNF. Un certain nombre d’entre elles ont été publiées dans le n° 14-15 de la revue littéraire L’Œil bleu, en mai 2015.
[8] Information très aimablement fournie par Mr Guy Kremer, responsable du Service Archives Documentation Patrimoine de Choisy-le-Roi.
[9] Gaston Marcotte, sa femme, et leurs deux enfants, nés la première en 1915, le second en 1919, resteront à cette adresse jusqu’en juillet 1927, époque à laquelle ils déménageront pour Paris (rue Raucourt, près de la place de la Nation). L’avenue de Paris, elle aussi, a perdu son nom, ayant été partagée en trois tronçons : du sud au nord, avenue Léon Gourdault (du nom du maire de la ville de 1927 à 1936), boulevard des Alliés, et boulevard de Stalingrad. Il est désormais difficile de savoir à quel endroit précis correspond le 69 avenue de Paris : tout au plus peut-on déterminer, par recoupements, qu’il devait être du côté ouest de l’avenue, et que la numérotation se faisait du sud vers le nord, et supposer que ce n° 69 était au niveau du boulevard des Alliés, où l’on retrouve encore actuellement des maisons anciennes, dont la très belle « Maison des Pages ».
[10] Lettre à Paul Tuffrau, 4 août 1913.
[11] Archives privées (famille d’André Juin).
[12] Lettre à Paul Tuffrau, 11 novembre 1912.
[13] « Baraque relativement isolée qui se situait sur l’actuelle chaussée de l’avenue de la République, au carrefour de la rue Jules-Vallès. » (Choisy-le Roi d’une rive… à l’autre. Marc Blachère et col. Ville de Choisy-le-Roi, 2006) (C’était non loin du domicile des Marcotte.)
[14] Une vente de la “collection Bonnot-Dubois” (Dubois s’occupait du garage où Jules Bonnot a été cerné) fut organisée, en plein air, comme ceci a été relaté par le journal Excelsior du 13 mai 1912 (Choisy-le Roi d’une rive… à l’autre, op. cit.).
[15] Le 30 juin 1912, avait eu lieu l’inauguration, en présence du président de la république, du « Monument à Jean-Jacques Rousseau » au Panthéon, érigé par le sculpteur Albert Bartholomé. (François Macé de Lépinay. Peintres et sculpteurs du Panthéon. Éditions du Patrimoine, 1997. p. 52-53)
[16] Domicile de Louis Jouvet avant son mariage avec Else Collin (Paul-Louis Mignon. Louis Jouvet. Un homme de science du théâtre, les années d’apprentissage. Éditions de l’Amandier, 2009)
[17] Personnage joué par Louis Jouvet en 1914 dans La nuit des rois de Shakespeare.
[18] Lettre à Paul Tuffrau, mars 1919.
[19] Idem, 12 juillet 1923.

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